Gaijin, littéralement, ça veut dire "gens de l'extérieur", dans le sens "intrus". Le terme le plus correct, pour dire étranger, c'est gaikakujin, je crois que ça veut dire "gens qui viennent de l'extérieur". C'est un peu par ironie que j'utilise toujours le mot gaijin. Certains étrangers n'aiment pas ce terme, ils préfèrent gaikakujin, mais pour la plupart des Japonais, il n'y a pas vraiment de différence entre les deux, ils les emploient de la même manière, indifféremment. Moi ça me fait plutôt sourire... Je sais bien qu'ils me voient comme une étrangère avant de me voir comme une fille, mais bon. Il y a bien le problème du racisme, mais en deux semaines, j'ai pas vraiment l'occasion de ressentir ça, même s'il y a parfois des gens qui me fixent, je le prends avec le sourire. Il y a les bons côtés aussi, les étrangères sont exotiques, donc c'est plus fun de les essayer elles plutôt que les petites Japonaises locales. Je garde que le positif. Je vais au Japon pour m'amuser, alors les mauvais côtés, je les souligne avec ironie et puis je les zappe. ^^


Les gaijin dans le métro, donc... Là c'est vraiment au sens d'intrus qu'il faut le prendre. On les repère souvent vite. Quand ils sont debout, par exemple, ils se balancent légèrement à la barre. Il y a toujours un mouvement chez le gaijin, ou alors il se tient tordu. On les repère vite, parce que tous les Japonais sont debout bien droits, ils bougent pas, ils ont éventuellement la tête baissée, ou s'ils sont assis, ils se tiennent toujours droits, leur sac sur les genoux, ou sur les barres au-dessus, et ils ne prennent en général qu'une place. Et ils bougent pas. Soit ils regardent dans le vide, soit ils jouent avec leur keitai. Keitai, ça veut dire portable, mais comme il a pas la même utilisation au Japon et en France, keitai reflète mieux la notion. Là-bas c'est presque un prolongement humain. Et ça sert à tout. Vraiment tout. Les gaijin parlent, aussi. Les Japonais, nan, ou alors discrètement.


J'avais jamais trop fait attention jusqu'à ce soir-là, le 26 décembre. Disons que oui, c'est calme, et naturellement, je m'assieds un peu comme eux, je garde mon sac sur mes genoux, je prends le regard vide. Nan ça c'est pas vrai, je regarde toujours partout, mais en essayant de le faire discrètement. ^^ Et ce soir-là où je sortais le soir, dans le métro, y a deux Américains qui sont montés... Le contraste a explosé... Ils entrent en parlant super fort, ils s'asseyent en prenant cinq places, ils posent leurs sacs en plastique à côté d'eux. Y en a un qui se lève constamment pour aller vérifier au-dessus de la porte où ils doivent descendre, l'autre est assis penché en avant, les coudes sur les genoux, il tapait des pieds en rythme avec je ne sais quoi, il jouait avec ses doigts, il arrêtait pas de s'agiter... Personne se tient jamais comme ça, au Japon. Au pire les apprentis rebelles écartent un peu les jambes, mais ça s'arrête à peu près là... Et ils parlaient tellement fort... On voyait vraiment qu'eux dans tout le wagon. Une Japonaise est entrée, elle a même pas osé s'asseoir à côté d'eux, elle a préféré rester debout. Les Japonais les ignoraient, ils les regardaient pas, il y avait que moi qui les regardais avec incrédulité. Et un vague mépris, j'avoue. Au Japon y a une expression, KY, à lire en anglais, qui veut dire "qui ne sait pas lire l'air" (* * *), autrement dit, qui sait pas tenir compte de l'ambiance et s'y adapter. Quand j'ai décrit la scène à mon amie, j'ai conclu par "chōōō KY", elle a mis deux secondes à comprendre et elle a éclaté de rire. "Chō" ça veut dire "trop" mais la version informelle, plutôt. Comme dans "trop cool". Pas au sens strict. C'est du langage des jeunes je crois.


Donc, pendant que je regardais celui qui était assis, tout à coup il lève la tête vers moi, et il me lance "Hey, what's up ?" ... Je l'ai royalement ignoré, j'ai direct tourné la tête. XD Il a haussé les sourcils genre elle se prend pour qui c'te ***** en baissant la tête, mais... nan mais sérieux, "Hey what's up" ?!? Hors contexte ça me fait mourir de rire en fait. XD Mais sur le moment... c'était probablement des militaires américains, en tout cas ils avaient bien les muscles et la tête. Et la volonté flagrante de faire un effort d'adaptation... Ce jour-là, j'ai un peu compris ce que les Japonais pouvaient reprocher aux étrangers. =)


Ils sont bien évidemment descendus à Roppongi. Comme moi.